Il y a des marques dont on sait, avant même de brancher un câble, que le module tiendra ses promesses. Xaoc Devices en fait partie. Le fabricant polonais lève le voile sur deux nouveautés qui résument assez bien sa double personnalité : d’un côté le Skopje, un quantiseur double pensé pour disparaître dans le patch tant il est efficace ; de l’autre le Budapeszt, un processeur spectral stéréo qui, lui, cherche à faire déraper les harmoniques. Le premier est déjà disponible, le second arrive.
Skopje : un quantiseur qui refuse les compromis
Un quantiseur, sur le papier, c’est un utilitaire modeste : il force des tensions de contrôle à se caler sur les notes d’une gamme. Sauf que dans un système modulaire, la qualité de cet utilitaire change tout — un quantiseur imprécis, et c’est le patch entier qui sonne faux. Le Skopje adresse le problème de front. Tenant dans seulement 6 HP, il embarque deux canaux totalement indépendants, chacun capable de quantiser vers une gamme différente, tirée d’une banque différente.

Le stockage repose sur une carte microSD et ouvre un champ vertigineux : jusqu’à 100 banques de 100 gammes chacune. Xaoc n’impose pas son propre format fermé : le module lit son format texte maison, très simple, mais aussi les fichiers Scala, la référence universelle pour la microtonalité. Autant dire que les amateurs de tempéraments exotiques, de gammes justes ou de systèmes non octaviants ont ici de quoi s’occuper longtemps.
Le détail qui fait la différence, c’est la calibration par canal. Chaque sortie peut être ajustée pour suivre parfaitement le tracking d’un VCO donné — la hantise de tout modulariste qui a déjà entendu un oscillateur dériver dans l’aigu. Ajoutez un petit écran OLED réservé au seul choix des banques et des gammes (aucun menu à traverser), un glide intégré, la transposition — y compris une position non quantisée pour laisser passer un vibrato — et le changement de gamme piloté par trigger ou par CV, et vous obtenez un module qui pense à tout sans jamais se mettre en travers du flux musical.
Skopje en bref
| Caractéristique | Détail |
|---|---|
| Format | Eurorack 6 HP |
| Canaux | 2 quantiseurs indépendants |
| Gammes | Jusqu’à 100 banques × 100 gammes |
| Formats | Format Xaoc (texte) + Scala, sur microSD |
| Atouts | Calibration par canal, glide, transposition, écran OLED |
| Prix | Environ 319 € / 419 $, disponible |

Budapeszt : la stéréo comme terrain de jeu spectral
Changement complet d’ambiance avec le Budapeszt. Ici, on quitte l’utilitaire pour l’expérimentation pure. Ce processeur spectral stéréo est bâti autour de l’interférence de structures résonantes : deux filtres de type peigne, accordables indépendamment, avec six modes distincts qui abordent le domaine fréquentiel par le délai, par la phase ou façon banc de filtres. Le premier mode reprend le modèle de signal hérité du Samarkanda, la ligne à retard maison, pour un comportement de hauteur sans artefacts sur toute la plage.
Comme le résume Xaoc, « la vraie magie se produit dans l’interférence entre les filtres stéréo ». Deux LFO triangulaires (libres, synchronisés, ou en mode suiveur d’enveloppe) animent l’ensemble, et surtout de multiples chemins de réinjection — dont un feedback croisé entre les deux filtres — transforment le module en générateur de treillis harmoniques instables. Un inverseur de phase de feedback par filtre finit d’ouvrir le champ des textures. On est là dans le registre des outils qui récompensent l’exploration plus que la recette.

La logique de gamme, chez Xaoc, n’est jamais un gadget : le Skopje s’inscrit dans une famille de modules utilitaires haut de gamme qui font le sel d’un système durable, à rapprocher d’autres briques Eurorack aussi réfléchies comme le Doppler de Jasmine & Olive Trees. Le Budapeszt, lui, joue dans une autre cour, plus proche de l’esprit des synthés boutique atypiques que l’on a vus passer récemment, à l’image du Tom Horn SinTH2.
Deux philosophies, une même signature
Ce qui frappe, c’est la cohérence de la démarche. Le Skopje soigne l’invisible — la justesse, le tracking, l’ergonomie qui ne se remarque pas — quand le Budapeszt assume le spectaculaire. J’ai toujours eu un faible pour les fabricants qui savent faire les deux : la vraie compétence, dans le hardware, se mesure autant à un utilitaire irréprochable qu’à un module vitrine. Un bon quantiseur, on ne l’entend pas ; on entend juste que le patch sonne juste. C’est exactement le genre de détail qui sépare un système qu’on garde d’un système qu’on revend six mois plus tard.
Reste la question du prix et de la disponibilité pour le Budapeszt, encore à confirmer. Le Skopje, lui, est déjà là, autour de 319 €, et coche à peu près toutes les cases qu’on peut demander à un quantiseur moderne. Pour qui construit un système Eurorack sérieux, c’est le type d’achat qu’on ne regrette pas — à l’heure où le marché ne manque pourtant pas de tentations plus voyantes.