La course à la portabilité a un grand absent : l’interface audio multicanale. On trouve des cartes minuscules à deux entrées à la pelle, mais dès qu’il faut du canal — pour un live électronique, un système modulaire, un rig hybride — le boîtier grossit et le sac de scène avec. La jeune marque allemande Modular Audio Tools, fondée en 2024, s’attaque précisément à ce trou dans la gamme avec la MAT 16X8, qu’elle présente sans complexe comme « l’interface 16 canaux la plus portable au monde ».

Le chiffre qui claque, c’est le poids : 135 grammes. À peine plus qu’un smartphone, pour un boîtier qui aligne seize entrées et huit sorties — soit huit entrées ligne stéréo et quatre sorties ligne stéréo, en mini-jack, convertibles en TRS classique via des câbles adaptateurs. On ajoute une section MIDI complète (deux sorties TRS mini-jack en Type A, une entrée compatible Type A et B) et l’on tient là un centre nerveux d’entrées/sorties pour un rig entier, glissé dans une poche de veste.
Le parti pris du niveau ligne
Un point mérite d’être dit clairement, car il conditionne l’usage : la MAT 16X8 n’embarque aucun préampli micro. Tout se passe au niveau ligne. Ce n’est pas un oubli, c’est une décision de conception. La cible n’est pas le home-studieux qui repique une guitare ou un chant, mais le musicien électronique qui doit faire dialoguer synthés, grooveboxes, boîtes à rythmes et ordinateur. Pour cet usage, la conversion annonce du 24 bits / 96 kHz et un rapport signal/bruit de 110 dB sur les entrées directes — largement de quoi tenir un plateau sans se poser de question.

Le détail qui va parler aux modularistes : les sorties ligne sont couplées en continu (DC-coupled). Autrement dit, elles peuvent envoyer des tensions de contrôle vers un système Eurorack — de quoi piloter du CV directement depuis le logiciel, sans matériel intermédiaire. C’est exactement le genre de pont entre le monde informatique et le monde modulaire qui manque cruellement sur les interfaces classiques, et qui rapproche cette MAT de l’esprit d’un module Eurorack hybride. Un préampli casque avec bus de cue complète le tableau pour le monitoring en situation.
Plug-and-play, partout
L’autre argument fort tient à la compatibilité. La MAT 16X8 est class-compliant et alimentée par le bus USB : pas de pilote, pas de bloc secteur. Elle fonctionne en plug-and-play sur macOS, iPadOS, iOS, Android et Linux — une ouverture qu’on voit rarement affichée aussi franchement — avec des pilotes ASIO pour Windows. Pour un artiste qui bascule d’un laptop à une tablette selon les dates, ou qui a fait le choix d’un environnement Linux, c’est un vrai confort.

MAT 16X8 : l’essentiel
| Caractéristique | Détail |
|---|---|
| Entrées / sorties | 16 in / 8 out, niveau ligne (mini-jack) |
| MIDI | 2 sorties (Type A) + 1 entrée (Type A/B) |
| Conversion | 24 bits / 96 kHz, 110 dB de S/B |
| Sorties | DC couplées (CV Eurorack) |
| Compatibilité | macOS, iPad/iOS, Android, Linux, Windows (ASIO) |
| Alimentation | Bus USB, class-compliant |
| Poids / prix | 135 g — environ 479 € |
Mon avis : la fiabilité avant les gadgets
J’ai passé assez d’années en régie live pour savoir ce qui compte vraiment dans une interface de scène, et ce n’est presque jamais la fiche marketing. C’est la latence, la stabilité des pilotes, et le fait que ça se rebranche sans prier quand on repatche à vingt minutes de la balance. Une interface class-compliant, bus-alimentée, sans driver propriétaire à jour à surveiller, coche exactement les bonnes cases pour un musicien nomade. Le pari du tout-ligne et l’ouverture Android/Linux montrent que la marque connaît précisément sa cible — l’électronicien qui voyage léger — et refuse d’alourdir le produit avec des fonctions qui ne serviraient pas.
À 479 €, la MAT 16X8 n’est pas donnée pour un boîtier sans préampli, et ce n’est pas le concurrent d’une interface de studio polyvalente comme une Universal Audio Volt. Mais sur son créneau — la densité de canaux au litre de sac —, elle n’a quasiment pas de rivale. Pour un set électronique qui tourne, ou un rig hybride qui doit tenir dans un bagage cabine à côté du reste du matériel de diffusion, c’est une réponse maligne à un vrai problème.