Si Cherry Audio a une marque de fabrique, c’est bien celle-ci : plutôt que de recréer pour la énième fois les synthés les plus célèbres de l’histoire, l’éditeur américain va chercher les perles cachées, les héros méconnus et les instruments franchement atypiques. Le Pentaphonic coche toutes ces cases d’un coup.
Le Gleeman Pentaphonic, un ovni du début des années 80
À la charnière des années 70 et 80, les frères Al et Bob Gleeman se donnent un objectif que beaucoup poursuivaient alors en vain : un synthétiseur qui reste accordé. Pour y parvenir, ils confient à une paire de microprocesseurs Intel 80186 la tâche de maintenir quinze DCO justes, échappant ainsi à la dérive inévitable des VCO — en particulier sous la chaleur des projecteurs de scène. L’instrument est un cinq voix, avec trois oscillateurs par voix proposant chacun huit formes d’onde, le tout acheminé vers des filtres Curtis 3320 4 pôles (24 dB/octave) et des doubles VCA Curtis 3360. S’y ajoutent un séquenceur polyphonique de 300 notes, un chorus et un joystick de pitch, dans un boîtier à clavier de 37 touches doté d’un haut-parleur intégré et d’une poignée de transport — pour un prix d’époque d’un peu moins de 3 000 dollars.
Mais le Pentaphonic qui vient à l’esprit, c’est l’autre : la version en plexiglas transparent, éclairage interne et boutons translucides compris, produite à moins de vingt exemplaires. Au total, on estime la production entre cinquante et soixante-dix unités, la plupart dans le boîtier noir classique. Autant dire une raretés de collectionneur.

Ce qu’en fait Cherry Audio
Avec le Pentaphonic, vous récupérez toutes ces variantes sur votre bureau. Cherry Audio a recréé fidèlement l’original — thèmes d’interface pour les caisses transparente et solide inclus — puis, comme à son habitude, a nettement élargi les possibilités pour l’usage moderne. La polyphonie passe de cinq voix à un réglage libre entre deux et seize, avec un mode unisson à désaccordage et un mode monophonique. Les oscillateurs gagnent la modulation de largeur d’impulsion (PWM), la synchronisation et un générateur de bruit, et un second LFO rejoint la partie, offrant les mêmes formes d’onde que les oscillateurs eux-mêmes.

Le filtre s’enrichit d’un mode 2 pôles (12 dB/octave) avec suivi de clavier, et la jouabilité fait un bond : le Pentaphonic prend désormais en charge la vélocité ainsi que l’aftertouch monophonique et polyphonique, et embarque un séquenceur polyphonique doublé d’un animateur de paramètres que l’on peut router vers certains réglages de filtre et d’oscillateur. Et, comme sur tous les derniers instruments de la marque, une section d’effets complète referme la chaîne.

Prix et disponibilité
Le Cherry Audio Pentaphonic est disponible immédiatement pour macOS et Windows, en version autonome ainsi qu’aux formats VST2, VST3, AU et AAX, au tarif de 59 € (55 $ / 51 £). Une version de démonstration de 30 jours est proposée, de même qu’une banque additionnelle de 100 presets signée James Dyson, intitulée « Translucent », pour une dizaine d’euros.
Mon avis
Exhumer un instrument dont il reste une poignée d’exemplaires et le rendre jouable par tout le monde, c’est exactement ce qu’un bon éditeur de synthés virtuels devrait faire — et Cherry Audio le fait avec un soin d’historien. Le choix du Pentaphonic est malin : son architecture à trois oscillateurs par voix et ses filtres Curtis ont de quoi sonner, et le parti pris de garder l’esprit tout en levant les limites d’époque (polyphonie, aftertouch, PWM, effets) est le bon. À ce tarif, c’est surtout une invitation à explorer une couleur qu’on n’avait quasiment aucune chance de croiser en vrai. La vraie question, désormais, c’est de savoir lequel de ces trésors oubliés y passera ensuite.
Questions fréquentes
Faut-il connaître le Gleeman d’origine pour s’en servir ?
Non. Le Pentaphonic se pilote comme n’importe quel synthé soustractif moderne : trois oscillateurs, un filtre, des modulations et des effets. La connaissance de l’original n’ajoute que le plaisir du contexte.
Combien de voix de polyphonie offre la version Cherry Audio ?
De deux à seize voix, réglables librement, là où l’original en proposait cinq. Un mode unisson avec désaccordage et un mode monophonique complètent les possibilités de jeu.
Quelles nouveautés par rapport au matériel de 1980 ?
Cherry Audio a ajouté la PWM, la synchronisation des oscillateurs, un générateur de bruit, un second LFO, un mode de filtre 2 pôles avec suivi de clavier, la prise en charge de la vélocité et de l’aftertouch, un animateur de paramètres et une section d’effets complète.
Sous quels formats et systèmes fonctionne-t-il ?
Sur macOS et Windows, en application autonome et aux formats VST2, VST3, AU et AAX. Une démo de 30 jours permet de l’essayer avant achat.
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