Un an après avoir lancé le DMNO, le fabricant britannique UDO Audio en propose une déclinaison de bureau : le DMNO ON. L’idée n’est pas de réinventer l’instrument mais de loger son moteur hybride dans un boîtier compact, posé sur le bureau ou glissé dans un rack de studio, tout en préservant la profondeur sonore qui a fait la réputation de la maison de Bristol. Pour qui a déjà croisé notre article sur le DMNO clavier et son architecture binaurale, le DMNO ON reprend exactement la même logique à deux machines.

Le même moteur hybride, en plus compact
Sous le capot, rien n’a été rogné. Le DMNO ON reste un synthé bitimbral, multitimbral, à huit voix, construit autour de deux moteurs indépendants. Chaque couche s’appuie sur deux oscillateurs numériques haute résolution pilotés par FPGA, qui proposent les formes d’onde classiques et des tables DDS, avec accordage, largeur d’impulsion et synchronisation, plus une section de modulation dédiée pour animer le désaccord, la forme d’onde et la hauteur.
Le cœur du caractère UDO reste ce filtre analogique stéréo à topologie reconfigurable, capable de passer en série, en parallèle ou en mode stéréo selon la couleur recherchée. S’y ajoutent un LFO multiforme par couche et un LFO global près du joystick, deux enveloppes ADS bouclables par couche avec une troisième en option, et une chaîne d’effets numériques 32 bits qui réunit délai, réverbération, égaliseur, overdrive, distorsion et chorus.

Côté jeu et composition, on retrouve un séquenceur à 64 pas, un arpégiateur multimode avec maintien intelligent, et surtout les huit modes de jeu qui font tout le sel du DMNO : ils redéfinissent la relation entre les deux timbres, des splits et des couches classiques jusqu’à des configurations plus imprévisibles, aléatoires ou franchement chaotiques. C’est là que l’instrument sort du lot des polysynthés sages.
Le système ON : étendre les commandes à la demande
La contrepartie du format desktop, c’est la façade : elle ne donne un accès direct qu’à une seule couche à la fois, là où le clavier pilotait les deux de front. L’afficheur, un VFD sur verre électroluminescent dont l’esprit évoque l’Oberheim SEM, garde l’essentiel sous les yeux, mais UDO a imaginé une réponse modulaire au problème plutôt que d’entasser les boutons.
C’est tout l’objet du système ON. Deux contrôleurs optionnels, alimentés par le bus et reliés en D-Sub, viennent se greffer au besoin : l’ONM-1 Synth Control ajoute les commandes matérielles de la seconde couche, et l’ONM-2 Effects Control rend accessibles tous les paramètres d’effets manquants, écran supplémentaire à l’appui. On les combine selon son usage — un seul pour gagner l’accès au deuxième moteur, les deux pour retrouver l’ergonomie complète d’un grand synthé.

Cette approche a le mérite d’adapter la surface de contrôle au portefeuille et à la place disponible : on démarre avec le boîtier seul, on complète plus tard. Reste à voir comment la connexion en D-Sub se vit au quotidien, mais l’intention — un instrument qui grandit avec vos besoins — est séduisante.

Connectique et intégration en studio
La dotation d’entrées-sorties vise clairement le studio hybride. Le DMNO ON embarque une interface USB audio et MIDI, une connectique MIDI 5 broches complète, trois entrées pour pédales d’expression (volume, expression, simple ou double), des connexions CV/Gate, une sortie mix principale, une sortie auxiliaire, une prise casque et une alimentation interne. De quoi l’intégrer aussi bien dans un setup informatique que dans un système modulaire ou un parc de machines analogiques.
UDO n’a pas encore communiqué de prix ni de date de disponibilité : les deux restent à préciser. Au catalogue, le DMNO ON vient se poser entre les instruments de scène de la marque et les désormais nombreux modules de bureau du marché — un terrain où il croisera par exemple le cerveau MIDI-vers-CV Squarp Core et toute une génération de petites machines pensées pour le studio.
Mon avis
Décliner le DMNO en desktop sans sacrifier le moteur, c’est la bonne décision : on garde le filtre stéréo et les modes de jeu, on perd surtout des mètres carrés. Le pari du système ON est plus malin qu’il n’y paraît — il transforme une limite ergonomique en montée en gamme choisie, au lieu d’imposer un mur de potentiomètres à tout le monde. La vraie question tiendra au prix du boîtier seul puis des modules : si l’addition reste raisonnable, le DMNO ON pourrait devenir la porte d’entrée idéale vers un son qui, lui, n’a rien d’une porte d’entrée. À surveiller dès que UDO lâchera les chiffres.