Il y a des outils que l’on garde armés dans un coin de la session sans vraiment y penser. Drumagog en fait partie depuis la fin des années 1990 : quand une caisse claire sonne creux ou qu’un kick manque de corps, on lui demande de doubler ou de remplacer le son fautif. Drumagog 6 est bien plus qu’un rafraîchissement : WaveMachine Labs parle de la plus grosse mise à jour en plus de vingt ans, avec une détection des frappes et une sélection des sons entièrement retravaillées.
Un classique du studio entièrement reconstruit
Le principe n’a pas bougé : Drumagog écoute une piste de batterie, repère chaque frappe et déclenche à la place (ou en complément) un échantillon tiré de sa bibliothèque. Ce qui change, c’est la précision et la lisibilité. Chaque coup détecté s’affiche désormais sur la forme d’onde, ghost notes et diaphonie comprises, ce qui rend le travail bien plus transparent qu’une simple jauge de seuil.

Deux commandes résument l’esprit de cette version : REMOVE SIMILAR efface d’un clic toutes les frappes qui ressemblent à celle que vous avez sélectionnée, KEEP SIMILAR ne garde que celles-là. De quoi nettoyer en quelques secondes les faux déclenchements d’une reprise au micro de proximité, là où l’on passait autrefois de longues minutes à ajuster un seuil au petit bonheur.
Le mode Kit : toute la batterie depuis une piste stéréo
C’est la grande idée de Drumagog 6, réservée à la version Platinum. Une seule instance posée sur le bus batterie analyse une piste stéréo — ou une paire d’overheads, ou un micro d’ambiance — et y isole le kick, la caisse claire, le charleston, les toms, la ride et la crash. Chaque élément reçoit son propre son, sa propre tranche de console et, dans les DAW qui le permettent, sa propre sortie. On passe d’un remplacement fût par fût à une reconstruction d’ensemble à partir du peu que l’on a sous la main.

Trois modes de détection selon l’usage
- Live : environ 2 ms de latence, pour le tracking et la scène ;
- Drum : 80 ms d’anticipation, pour un jugement plus fin au mixage au micro de proximité ;
- Kit : la batterie complète traitée d’un seul tenant.
Cette distinction est bienvenue : on ne demande pas la même chose à un remplacement en direct, où chaque milliseconde compte, qu’à une réparation de mixage où l’on peut se permettre de regarder devant.
Bibliothèque, MIDI et intégration
Drumagog 6 embarque 536 GOG d’usine — le format maison qui regroupe les échantillons d’un même instrument par dynamique. Nouveauté utile : la bibliothèque se classe automatiquement par similarité avec le fût à remplacer et s’affiche sous forme de carte, ce qui évite de cliquer à l’aveugle. Vos GOG de Drumagog 3, 4 et 5 restent compatibles, et vous pouvez transformer n’importe quel dossier d’échantillons en GOG qui se trie tout seul.
Côté routage, chaque frappe génère du MIDI, avec un piano roll intégré, des clips MIDI que l’on fait glisser dans la session et un port MIDI virtuel pour les DAW qui, comme Logic, n’enregistrent pas directement la sortie MIDI d’un plug-in. Le support ARA 2 (REAPER, Studio One, Cubase, Nuendo, Pro Tools) permet d’analyser les frappes avant même de lancer la lecture, et une application autonome exporte sans ouvrir de DAW. Le tout existe en VST3, AU et AAX sur macOS et Windows. Si vous mixez souvent de la batterie, un détour par les différents types de compresseurs et par l’ordre des traitements complète bien le sujet.

Pro ou Platinum : que choisir ?
| Édition | Prix | Ce qu’elle apporte |
|---|---|---|
| Pro | 99 $ | Modes Live et Drum, édition des frappes, bibliothèque complète, piano roll et sortie MIDI, EQ et couche de synthé |
| Platinum | 199 $ | Tout le Pro, plus le mode Kit, une sortie par fût, le suivi automatique du charleston et des toms, gate, transient shaper, réverbe à convolution, Morph|Engine et hébergement de plug-ins |
Les possesseurs de Drumagog 5 ou de ReStem 2 bénéficient d’une mise à jour à demi-tarif jusqu’au 30 octobre 2026, et un essai gratuit de sept jours donne accès à toutes les fonctions Platinum. La page officielle détaille le contenu de chaque version.
Mon avis
Le remplacement de batterie a longtemps traîné une réputation de triche ; Drumagog 6 l’assume surtout comme un gain de temps. Le mode Kit est la vraie trouvaille : reconstruire un groove jouable depuis une simple stéréo, sans re-miker douze fûts, ça change une session de réparation. Reste la vérité habituelle — un échantillon, aussi bien classé soit-il, ne remplace pas une bonne prise de son. À 99 dollars la version Pro, c’est un filet de sécurité que beaucoup de home-studios garderont armé en permanence ; les studios installés y verront plutôt un éditeur rapide qu’un cache-misère. Dans les deux cas, l’outil a enfin rattrapé son époque.