À son lancement, l’AstroLab d’Arturia avait un reproche récurrent accroché aux basques : superbe lecteur de sons sur scène, mais fermé dès qu’on voulait triturer un patch, il fallait repasser par le logiciel Analog Lab et un ordinateur. La version 2.0, gratuite et présentée comme la plus grosse mise à jour du clavier à ce jour, s’attaque exactement à cette critique : elle fait entrer l’édition des sons dans la façade. Elle concerne toute la gamme, AstroLab 37, 61 et 88.
Sound Edit : éditer sans ordinateur
Le cœur de la mise à jour s’appelle Sound Edit. Cette nouvelle vue amène les paramètres essentiels de chaque instrument directement sur le panneau, sous les quatre potentiomètres macro. Chaque instrument dispose de ses propres pages de paramètres — enveloppes, filtre, portamento (glide) — et chaque page se projette sur les quatre encodeurs. Autrement dit, vous reprenez un son, vous ouvrez le filtre, vous rallongez l’attaque, vous ajustez le glide, tout cela depuis la machine, sans brancher quoi que ce soit.
Le changement est plus profond qu’il n’y paraît. Un clavier de scène qui n’édite pas en façade oblige à préparer tous ses sons à l’avance, au studio, puis à espérer que rien ne bougera le soir venu. Avec Sound Edit, l’AstroLab passe du statut de lecteur à celui d’instrument qu’on sculpte en situation.

Plus de soixante sons, un piano en vedette
La 2.0 ajoute aussi plus de soixante sons. La pièce maîtresse est Pure Grand Clean, un piano acoustique à queue échantillonné sur huit couches de vélocité : de quoi offrir une dynamique crédible, du pianissimo au fortissimo, sur un poste de scène. Autour, Arturia étoffe les familles qui manquaient : cuivres funk et cuivres orchestraux, cordes pop, basses acoustiques et basses électriques. C’est précisément le genre de banque polyvalente qu’on attend d’un clavier de reprise, où il faut passer d’un standard soul à une ballade sans changer d’instrument.

Ce qui change aussi sous le capot
Au-delà des sons et de l’édition, Arturia annonce une polyphonie d’échantillons améliorée — un point sensible dès qu’on empile des nappes tenues et un piano riche — ainsi qu’un toucher et un retour visuel affinés. La navigation dans les presets est plus simple, et la liaison avec Analog Lab, le logiciel maison qui alimente l’instrument, a été revue pour les échanges et les mises à jour. Rien de tapageur, mais l’accumulation de ces détails dessine un firmware qui mûrit dans le bon sens.
Cette façon de transformer un instrument par une simple mise à jour n’est pas isolée : on l’a vu récemment avec les firmwares communautaires qui changent la nature du petit synthé M-VAVE FM-1. Côté moteurs, l’AstroLab puise dans tout l’héritage Arturia — y compris des sons issus de la synthèse FM — et il se place désormais plus franchement sur le terrain des claviers hybrides de scène, aux côtés de propositions comme le synthé hybride d’UDO Audio.

Mon avis
C’est la mise à jour qui répare le défaut de naissance de l’AstroLab. Lui ajouter l’édition en façade, gratuitement, ce n’est pas un bonus cosmétique : c’est ce qui sépare un clavier qu’on subit d’un clavier qu’on joue. Le piano huit couches et les cuivres comblent les trous les plus criants de la banque d’usine, et la polyphonie d’échantillons en hausse tombe à pic pour qui empile nappes et piano. La vraie bonne nouvelle, c’est le signal envoyé : Arturia continue d’enrichir une machine déjà vendue plutôt que de réserver le meilleur à la génération suivante. Reste à voir jusqu’où Sound Edit laisse aller la programmation avant de toucher ses limites.