Le DAB+ expliqué : comment fonctionne la radio numérique (multiplex, codec, débits et ce qui change face à la FM)

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La radio numérique terrestre s’est imposée dans le quotidien de millions d’auditeurs sans que beaucoup de professionnels de l’audio en connaissent la mécanique. Pourtant, diffuser en DAB+ ne ressemble en rien à moduler une porteuse FM. On ne parle plus d’une station par fréquence, mais d’un bouquet de programmes partageant un même canal, encodé, multiplexé et transporté par une technique radio robuste. Voici, sans jargon inutile, comment tout cela s’articule — et ce que ça change pour qui produit du son destiné à l’antenne.

DAB, DAB+ : de quoi parle-t-on ?

Le DAB (Digital Audio Broadcasting) est la norme européenne de radio numérique terrestre. Sa version d’origine, lancée dans les années 1990, encodait le son en MPEG-1 Audio Layer II (le fameux « MP2 »), gourmand en débit. Le DAB+, arrivé ensuite, remplace ce codec par le HE-AAC v2, bien plus efficace : à qualité égale, il consomme deux à trois fois moins de débit. Résultat, on fait tenir davantage de stations dans le même canal. Aujourd’hui, l’immense majorité des déploiements sont en DAB+, et c’est ce terme qui figure sur les récepteurs.

Le multiplex : la vraie différence avec la FM

En FM, une station occupe une fréquence à elle seule. En DAB+, c’est l’inverse : un multiplex (aussi appelé « ensemble ») regroupe plusieurs programmes dans un même canal de la bande III VHF (autour de 174-240 MHz). Chaque flux audio est d’abord encodé en HE-AAC, puis les flux sont assemblés dans le multiplex avec leurs données associées. La capacité totale du canal est alors partagée entre les programmes.

Cela introduit un acteur nouveau par rapport à la FM : l’opérateur de multiplex, qui gère la capacité et l’alloue aux diffuseurs. Un éditeur de radio ne « possède » plus une fréquence ; il loue une part de débit dans un ensemble. C’est un changement de modèle autant que de technique.

  • Ensemble / multiplex : le canal physique partagé.
  • Service : un programme radio au sein de l’ensemble.
  • Composant : le flux audio d’un service, plus ses données (texte, images).
Émetteur VHF utilisé pour la diffusion de la radio numérique DAB+
Crédit : Rohde & Schwarz

COFDM et réseau à fréquence unique

Pour transporter ce multiplex, le DAB+ s’appuie sur une modulation COFDM (OFDM codé) : le signal est réparti sur un grand nombre de porteuses, ce qui le rend remarquablement résistant aux trajets multiples — ces échos de signal qui, en FM, provoquent du souffle et des décrochages en voiture. C’est pourquoi la réception DAB+ en mobilité est en général plus propre, tant que l’on reste dans la zone de couverture.

Autre conséquence majeure : le DAB+ autorise les réseaux à fréquence unique (SFN, Single Frequency Network). Plusieurs émetteurs peuvent diffuser le même multiplex sur la même fréquence sans se brouiller, parce que la modulation tolère les échos. Là où la FM impose de changer de fréquence en roulant d’une région à l’autre, un réseau DAB+ bien conçu laisse l’auditeur caler une fois pour toutes.

Débit, qualité et le compromis permanent

Comme la capacité du multiplex est partagée, chaque station reçoit un débit (en kbit/s) qui conditionne sa qualité sonore. Un programme musical exigeant demandera un débit plus élevé qu’une radio de parole. L’opérateur et les diffuseurs arbitrent en permanence : plus on alloue de débit à une station, meilleur est son son, mais moins il reste de place pour les autres. C’est le nerf de la guerre du DAB+, et la raison pour laquelle certaines stations sonnent plus « serré » que d’autres.

Ce compromis rejoint une problématique bien connue de la diffusion en ligne : nous l’abordons sous un autre angle dans notre guide pour diffuser une webradio, où le choix du codec et du débit obéit à la même logique.

Les données : bien plus que du son

Un multiplex DAB+ ne transporte pas que de l’audio. Chaque service peut embarquer du DLS (texte défilant : titre en cours, nom de l’émission), un slideshow (images : pochette, logo, visuel d’habillage), et des informations de service comme le nom de la station et le genre. Côté auditeur, cela nourrit l’écran du récepteur ; côté production, cela suppose d’alimenter ces métadonnées depuis le studio, souvent via le système de diffusion automatisé. C’est un point que recoupe l’automation radio, qui orchestre playout et habillage.

Ce que le DAB+ change côté studio

Pour un studio, passer à l’antenne numérique ne révolutionne pas la chaîne audio, mais déplace quelques repères. D’abord, la mise en onde : le processeur de diffusion reste indispensable, mais ses réglages diffèrent de la FM — pas de préaccentuation, pas de pilote stéréo multiplex, une dynamique à gérer différemment. Nous détaillons cette étape dans notre article sur le processing de diffusion. Certains processeurs récents, comme ceux présentés par Telos Alliance avec l’Omnia XII, gèrent FM, HD et DAB dans une même machine.

Ensuite, le loudness : la radio numérique est l’occasion de remettre à plat la cohérence de niveau entre stations et entre programmes. Les repères LUFS, EBU R128 et true peak, que nous expliquons dans notre guide du loudness en broadcast, s’appliquent pleinement. Enfin, l’acheminement des flux jusqu’à l’encodeur du multiplex passe de plus en plus par des réseaux normalisés : un détour par notre explication de l’audio sur IP éclaire ce maillon.

DAB+ face à la FM : le match en bref

CritèreFMDAB+
Occupation du canalUne station par fréquenceUn multiplex, plusieurs stations
Codec audioAnalogique (modulation de fréquence)HE-AAC v2, débit variable
Réception en mobilitéSouffle, décrochages, multipathRobuste tant que couvert, puis coupure franche
Changement de fréquenceNécessaire d’une région à l’autreRéseau à fréquence unique possible
Données associéesRDS (texte limité)Texte, images, EPG

À noter : la robustesse du numérique a une contrepartie. En FM, quand le signal faiblit, le son se dégrade progressivement ; en DAB+, il reste propre jusqu’à un seuil, puis se coupe net (effet « falaise »). La couverture doit donc être pensée avec soin.

Et la radio hybride ?

Dernier étage de la fusée : la radio hybride, qui marie diffusion hertzienne et IP. Grâce à des technologies comme RadioDNS, un récepteur peut compléter le flux DAB+ par des données venues d’internet — visuels enrichis, bascule vers le flux en ligne hors couverture, statistiques. La frontière entre diffusion terrestre et streaming devient poreuse, et c’est sans doute là que se joue l’avenir de l’écoute.

Mon avis

Le DAB+ a réglé le vrai défaut de la radio en voiture — ces décrochages FM qui gâchent un trajet — et offre enfin un écran utile sur le récepteur. Le modèle du multiplex partagé, lui, est à double tranchant : il démocratise l’accès à l’antenne, mais transforme la qualité sonore en variable d’ajustement budgétaire, et certaines stations en paient le prix à l’oreille. Pour un studio, le passage au numérique est surtout l’occasion de remettre de l’ordre dans la mise en onde et le loudness. Le plus excitant n’est pas le DAB+ seul, mais son mariage avec l’IP : c’est la radio hybride qui dessine la suite.

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À propos de l’auteur

Après plus de 20 ans dans le son professionnel : régie live, direction technique de studio (Deep Forest, Pierre Jacquot), responsable marketing digital de Playback.fr. Témoin et acteur de la bascule analogique→numérique, je suis toute l'actualité audio et je la décrypte ici, sans langue de bois.