Vannes Devices Obsidian : le semi-modulaire analogique qui réunit East Coast et West Coast

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Il y a des synthétiseurs qui choisissent leur camp, et il y a l’Obsidian. Le premier instrument entièrement conçu en interne par le petit atelier néerlandais Vannes Devices assume une ambition rare : faire cohabiter dans une même boîte de bureau la logique soustractive de la synthèse « East Coast » et les détours plus retors de la « West Coast ». Sur le papier, le grand écart. Dans les faits, un semi-modulaire analogique qui a l’air pensé par quelqu’un qui sait exactement ce qu’il veut entendre.

Vannes Devices, ou le retour d’un artisan

Derrière Vannes Devices, on retrouve Koen Pepping, cofondateur puis ancien propriétaire de Majella Audio. Il a fondé Vannes Engineering en 2017 et présente aujourd’hui, en 2026, son premier instrument entièrement maison. Ce parcours compte : on n’a pas affaire à une marque qui sous-traite un design de référence, mais à un concepteur qui a déjà passé des années les mains dans le cuivre et les schémas analogiques. Cela s’entend dans la cohérence de l’architecture, où chaque section semble répondre à une intention musicale précise plutôt qu’à une case à cocher sur une fiche marketing.

Deux oscillateurs, deux philosophies

Le cœur de l’Obsidian repose sur deux VCO au tempérament opposé. Le premier est un oscillateur sinusoïdal classique, avec fader de hauteur et molette d’accord fin : une fondation propre, presque neutre. Le second bascule franchement du côté West Coast, avec un façonnage d’onde continu (saw-sine-square), de la modulation de largeur d’impulsion, de la synchronisation, un wavefolder et de la cross-modulation (XMOD). Un sous-oscillateur une octave en dessous vient épaissir l’ensemble. Cette répartition est maligne : elle vous laisse un oscillateur « sérieux » pour tenir la note et un oscillateur « joueur » pour partir dans les harmoniques métalliques et les timbres qui bougent.

Le Vannes Devices Obsidian posé sur un bureau de studio
Crédit : Vannes Devices

Un filtre qui se déforme, deux enveloppes qui s’opposent

Le filtre multimode propose passe-bas, passe-haut et passe-bande, avec un morphing continu d’un mode à l’autre pilotable en CV — de quoi passer d’un filtrage feutré à un accent nasillard sans jamais quitter la main de la modulation. La résonance est bien sûr au rendez-vous. Côté modulation, l’Obsidian rejoue la dualité maison : une enveloppe ADSR traditionnelle à faders d’un côté, un générateur de fonction d’inspiration Buchla de l’autre, avec temps de montée et de descente contrôlables en tension. Un LFO synchronisable (saw, sinus, rampe) balaie de 0,01 à 100 Hz, ce qui couvre aussi bien les dérives lentes que les modulations quasi audio.

Séquenceur, délai et logique semi-modulaire

Le séquenceur cinq pas, là encore d’esprit West Coast, se laisse configurer en 4 ou 5 pas, avec reset externe ou manuel, et se cale sur un tap tempo, une horloge Eurorack ou une horloge MIDI. C’est peu de pas, mais c’est exactement l’outil qu’il faut pour générer des motifs asymétriques et hypnotiques plutôt que des lignes sagement carrées. Un délai numérique façon bande, à temps et réinjection contrôlés en tension, ferme la chaîne et se prête très bien aux effets rythmiques synchronisés. Le tout reste semi-modulaire : câblé par défaut pour jouer immédiatement, mais criblé de points de patch pour détourner le signal dès qu’on veut sortir des sentiers battus.

Détail de la section oscillateur et du wavefolder de l'Obsidian
Crédit : Vannes Devices

Ce que ça vaut, sur un marché déjà dense

Le semi-modulaire de bureau est un terrain encombré : Moog, Behringer, Make Noise et quelques autres y ont planté leurs jalons. L’angle de l’Obsidian n’est pas la surenchère de fonctions, mais la réunion assumée de deux écoles dans un format qui tient sur un coin de table. C’est un pari plus subtil qu’il n’y paraît : beaucoup d’instruments « hybrides » se contentent d’empiler des options sans jamais trouver leur voix. Ici, la structure oscillateur propre + oscillateur tordu, filtre morphable et double enveloppe donne un instrument qui peut aussi bien tenir une basse charnue qu’un drone qui grince.

SectionCe qu’il faut retenir
OscillateursVCO 1 sinus + VCO 2 West Coast (wavefolder, PWM, sync, XMOD) + sous-oscillateur -1 octave
FiltreMultimode LP/HP/BP, morphing continu en CV, résonance
ModulationADSR à faders + générateur de fonction type Buchla + LFO 0,01–100 Hz
Séquenceur5 pas (4/5 sélectionnables), sync tap / Eurorack / MIDI
EffetDélai numérique façon bande, temps et feedback en CV
FormatSemi-modulaire de bureau, patchbay intégré

Mon avis. J’ai toujours eu un faible pour les instruments dont on sent qu’ils ont été dessinés par une oreille, pas par un service produit. L’Obsidian coche cette case. La vraie question n’est pas de savoir s’il « fait » East et West Coast — n’importe quelle fiche technique peut l’écrire — mais si les deux mondes se parlent réellement une fois les mains sur les faders. Le couple oscillateur neutre / oscillateur turbulent et le filtre morphable laissent penser que oui. Je reste néanmoins mesuré sur un point : à l’heure où j’écris, l’Obsidian est encore présenté comme un instrument en phase finale de mise au point, les dernières révisions de circuit, de châssis et de firmware étant en cours. Prix et disponibilité ne sont pas arrêtés. C’est un projet à suivre de près, pas encore un produit à commander les yeux fermés.

Pour prolonger, on pourra le rapprocher d’autres sorties récentes qui bousculent les codes de l’instrument électronique, de la boîte à rythmes analogique Vermona drumDING au système modulaire jouable Karst de Tim Exile, en passant par le retour de la modélisation physique chez reFX avec Rippler.

L'Obsidian intégré dans un environnement de studio avec câbles de patch
Crédit : Vannes Devices

 

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À propos de l’auteur

Après plus de 20 ans dans le son professionnel : régie live, direction technique de studio (Deep Forest, Pierre Jacquot), responsable marketing digital de Playback.fr. Témoin et acteur de la bascule analogique→numérique, je suis toute l'actualité audio et je la décrypte ici, sans langue de bois.