Imaginando Colapso : le synthé additif qui fait sonner le tableau périodique

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On croyait la synthèse additive cantonnée aux empilements de sinusoïdes bien sages. Le studio portugais Imaginando, déjà connu pour DRC et FRMS, prend le contre-pied avec Colapso : un synthétiseur logiciel dont les partiels ne sont pas choisis au hasard mais tirés des raies d’émission mesurées de 22 éléments chimiques, soit 422 fréquences cataloguées. Chaque oscillateur « joue » donc la signature spectrale d’un élément, de l’hydrogène au mercure. L’idée aurait pu rester un gadget de physicien ; elle accouche d’un instrument réellement expressif.

Trois oscillateurs, deux éléments, une morphologie mouvante

Colapso aligne trois oscillateurs par voix, chacun pouvant empiler jusqu’à seize partiels issus d’un élément, avec la possibilité de morpher vers un second. La polyphonie monte à huit voix, en modes Poly, Mono ou Unison, avec désaccord, glide et legato. Jusqu’ici, rien d’exotique dans la prise en main. Ce qui change tout, c’est la paire de commandes baptisée Observation et Planck : une transposition sonore du principe d’incertitude, qui arbitre entre précision temporelle et précision fréquentielle. Poussez l’une, et le son glisse de la tenue pure vers des grains granulaires. C’est là que Colapso devient un terrain de jeu plutôt qu’une banque de formes d’onde.

Colapso affiche les partiels issus des raies d'emission des elements chimiques
Crédit : Imaginando

Autour, une batterie de contrôles spectraux donne la main sur la matière : Mix fait fondre un élément vers un autre partiel par partiel, Stretch écarte ou resserre les intervalles entre partiels, Cavity ramène le spectre vers la série harmonique, Temperature rééquilibre les niveaux et, à haute « chaleur », ionise le spectre pour en substituer un autre. Ajoutez Field (qui triple chaque partiel et les étale en stéréo), Absorption (fondu du son vers le bruit, avec un creux à chaque partiel), plus Lifetime et Cascade sur l’enveloppe temporelle. Le vocabulaire est inhabituel, mais chaque paramètre a un effet audible et prévisible une fois qu’on l’a apprivoisé.

Une modulation et un filtrage dignes d’un vrai synthé

Loin d’un simple générateur spectral, Colapso embarque de quoi construire des patches vivants : quatre LFO (sinus, triangle, dent de scie, carré, sample & hold, de 0,01 à 40 Hz ou synchronisés au tempo), quatre enveloppes dessinables nœud par nœud (de 1 ms à 8 s par segment), et une modulation par voix pilotable à la molette et à l’aftertouch. Côté filtrage, neuf circuits par voix — variable d’état, en échelle, en peigne, formantique et d’autres — avec drive et suivi de clavier. La chaîne d’effets comprend deux inserts en série (huit types), un départ par oscillateur (chorus, phaser, delay ou reverb) et un compresseur de bus sur le master.

Les controles spectraux de Colapso : Stretch, Cavity, Temperature et Field
Crédit : Imaginando

On tient donc un synthé complet, pas une curiosité. Pour qui veut comprendre ce qui se joue réellement sous le capot, notre explication de la synthèse additive éclaire la logique des partiels, et celle de la synthèse granulaire situe le point de bascule vers les grains que provoque Observation.

Les LFO et enveloppes dessinables de Colapso
Crédit : Imaginando

Plateformes, formats et prix

Colapso tourne sur macOS 13+ (binaire universel, natif Apple Silicon) et Windows 10+ 64 bits, aux formats VST, VST3, AU et en autonome, avec MIDI learn, synchro à l’hôte, MIDI clock et Ableton Link. iOS et Android ne sont pas de la partie pour l’instant. Côté tarif, la licence autonome démarre à 69 € (contre 89 €), jusqu’à cinq ordinateurs, avec une formule location-achat à 8,90 €/mois et un bundle Colapso + DRC + FRMS à 189 €. Une démo illimitée dans le temps permet d’essayer, au prix d’une salve de bruit toutes les minutes. La page produit officielle détaille l’ensemble. Il s’inscrit dans une vague de synthés hybrides à concept fort, aux côtés du récent Spitfire Audio Phoenix.

Mon avis

Le concept des raies d’émission pourrait n’être qu’une jolie histoire marketing ; ce qui le sauve, c’est que les commandes Observation et Planck transforment vraiment la nature du son, pas juste sa couleur. On passe d’une tenue cristalline à des textures granuleuses sans changer d’outil, et c’est précisément ce qu’on attend d’un synthé qu’on explore plutôt qu’on programme. À 69 €, le ticket d’entrée est raisonnable pour un instrument aussi profond, et le format additif comble un vrai trou dans beaucoup de collections de plugins. Le risque, c’est la courbe d’apprentissage : le vocabulaire scientifique rebutera ceux qui veulent un preset et basta. Pour les sound designers et les curieux, en revanche, c’est une invitation difficile à refuser.

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À propos de l’auteur

Après plus de 20 ans dans le son professionnel : régie live, direction technique de studio (Deep Forest, Pierre Jacquot), responsable marketing digital de Playback.fr. Témoin et acteur de la bascule analogique→numérique, je suis toute l'actualité audio et je la décrypte ici, sans langue de bois.