Dans un studio de podcast vidéo, une petite régie de streaming ou un plateau léger, une question revient sans cesse : comment faire circuler image et son entre plusieurs caméras, ordinateurs et logiciels sans tirer des mètres de câbles ni acheter une baie de convertisseurs ? Depuis quelques années, une réponse s’est imposée dans ces environnements : le NDI. Voici ce que c’est, et ce qu’il change côté audio.
Qu’est-ce que le NDI ?
NDI (Network Device Interface) est un protocole, développé à l’origine par NewTek et aujourd’hui porté par Vizrt, qui transporte vidéo, audio et métadonnées sur un réseau IP standard — le même Ethernet gigabit que votre informatique. Son grand mérite : la découverte automatique. Une source NDI apparaît toute seule dans la liste des autres appareils du réseau, sans adressage manuel compliqué. Un logiciel de mélange, un autre ordinateur ou un convertisseur peut alors s’y abonner d’un clic.
Là où un flux vidéo professionnel passait par du SDI et des câbles coaxiaux dédiés, le NDI fait voyager plusieurs flux A/V sur un seul lien réseau, dans les deux sens. Pour de petites et moyennes productions, cela remplace une grande partie de la connectique et des convertisseurs matériels.
Les variantes : Full, HX, Bridge
Toutes les sources NDI ne se valent pas. Le NDI « High Bandwidth » (dit Full) vise la qualité : compression très légère, latence faible, mais débit important — on le réserve au réseau local filaire. Le NDI|HX est une version plus compressée, pensée pour les caméras et encodeurs qui doivent économiser la bande passante, au prix d’un peu plus de latence. Enfin, des outils comme NDI Bridge permettent de relier deux sites à travers Internet, ce qui rapproche le NDI des usages de production distante.
Le versant audio : ce qui nous intéresse
On présente souvent le NDI comme une affaire d’image. Côté son, il fait pourtant beaucoup : chaque flux NDI embarque plusieurs canaux audio, et il existe des flux NDI purement audio. Concrètement, on peut router l’audio d’un logiciel vers un autre, d’une machine à l’autre, sans câble ni carte son virtuelle bricolée — par exemple envoyer le mixage d’un invité, un retour, ou le son d’une régie vers l’encodeur de diffusion.
Faut-il pour autant jeter le Dante ? Non : les deux ne jouent pas le même rôle. Le NDI transporte de l’audio et de la vidéo, avec une latence de l’ordre de l’image, idéale pour la production vidéo. Les réseaux audio professionnels comme Dante ou AES67 ne transportent que de l’audio, mais avec une latence très basse et déterministe et une synchronisation stricte — c’est ce qu’exige une console. Pour comprendre pourquoi l’horloge est si décisive dans ces réseaux audio, voyez notre article sur PTP et la synchronisation. En pratique : NDI pour le plateau vidéo et le streaming, Dante/AES67 pour l’ossature audio de la production.
Bande passante, latence et réseau
Le NDI est robuste, mais il n’efface pas la physique du réseau. Le NDI Full consomme largement, plusieurs centaines de mégabits par flux en haute définition : il faut un réseau gigabit propre, idéalement dédié, et des commutateurs qui gèrent le trafic (multicast, qualité de service). La découverte s’appuie sur des mécanismes réseau (mDNS) qui supposent un segment bien configuré. Rien d’insurmontable, mais c’est le réseau, et non la source, qui fixe la limite.
NDI ou SDI : que choisir ?
Le SDI reste la référence du broadcast lourd : un câble coaxial par flux, une latence quasi nulle, une fiabilité à toute épreuve — mais une infrastructure dédiée et coûteuse dès que les sources se multiplient. Le NDI inverse la logique : une seule infrastructure réseau, des flux qui se démultiplient en logiciel, un câblage réduit, au prix d’une dépendance totale à la qualité du réseau et d’une latence un peu supérieure. Pour un car régie ou une chaîne nationale, le SDI et le ST 2110 gardent l’avantage ; pour un studio de podcast vidéo ou une petite régie de streaming, le NDI gagne presque toujours.
Comment démarrer
La bonne nouvelle, c’est que l’on commence sans matériel : des logiciels de mélange et de streaming très répandus émettent et reçoivent du NDI nativement, et les outils gratuits de l’éditeur permettent d’envoyer l’écran ou une webcam sur le réseau. On ajoute ensuite, au besoin, des convertisseurs matériels qui transforment une entrée HDMI ou SDI en source NDI et inversement. On peut en savoir plus sur le site officiel ndi.video. Si votre finalité est la diffusion en ligne, l’étape suivante est l’encodage : notre guide pour diffuser un flux et celui sur les codecs de contribution prennent le relais.
Mon avis
Le NDI a fait pour la petite production vidéo ce que l’audio-sur-IP a fait pour les grosses régies : il a remplacé une montagne de câbles par un réseau et un peu de méthode. Sa vraie force, c’est la découverte automatique — on branche, ça apparaît, on s’abonne. Le piège serait de croire qu’il remplace un réseau audio dédié : pour une console, on veut la latence et l’horloge d’un Dante. Mais pour faire dialoguer un plateau, des ordinateurs et un encodeur de streaming, c’est devenu l’outil le plus simple du moment.